dimanche, 28 juin 2009

Bref examen critique du nouvel Ordo Missae

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Brève histoire de la messe catholique

C’est au cours d’un repas, la Cène, que le Christ institua ce que nous appelons la messe. C’est sous les espèces de base de la nourriture, le pain et le vin, qu’il se sacrifia en préparation du sacrifice de la Croix.

Nous allons voir qu’un ambiguïté sera créée beaucoup plus tard au sujet de la définition et de la nature de la messe. Certains prendront la circonstance accessoire pour l’événement principal et retiendront la Cène à la place du sacrifice.

Or, si la Cène n’était que l’occasion de l’institution de la messe,le pain et le vin constituaient le signe visible du sacrement de l’Eucharistie, un signe visible comme en possèdent tous les sacrements.

Il est remarquable de constater que l’enseignement du Christ part toujours d’éléments temporels pour se mettre à la portée de nos âmes qui, bien que spirituelles, n’appréhendent le surnaturel qu’à travers le naturel.

De même, beaucoup de miracles du Christ reposent sur une base matérielle inutile en elle-même. Par exemple, le Christ n’avait pas besoin de boue pour guérir l’aveugle, ni de quelques pains d’un petit garçon pour nourrir une foule. Il n’avait pas davantage besoin de faire verser de l’eau dans les jarres de Cana pour les remplir de vin. Non plus que de faire ouvrir le tombeau et délier les linges funéraires pour ressusciter Lazare.

Tout cela montre la délicate attention du Christ et son désir de ne pas forcer la liberté de l’homme. Les miracles convainquent les gens de bonne foi ; les signes sensibles les confortent tout en laissant aux gens de mauvaise foi le prétexte de nier les miracles.

Ainsi en est-il pour le plus grand des miracles, le seul nécessaire : la Résurrection. Là, pas de ces jaillissements merveilleux et triomphaux comme en auraient inventé des mythologies. Le Christ ressuscité a simplement disparu du tombeau ; sans même déranger le linceul, mais en laissant un signe : sa propre empreinte qu’aucune science ne peut expliquer. Et seule la parole de ceux qui, pendant quarante jours, auront côtoyé le Ressuscité avant de le voir monter au Ciel témoignera de l’événement fondateur de notre Foi.

Pour en revenir aux signes de l’eucharistie, on doit remarquer que la transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ n’est pas un miracle puisqu’elle ne force pas les lois de la nature. Elle est un mystère.

On prétend parfois, pour soutenir la thèse selon laquelle le repas-Cène constitue l’essentiel de la messe, que les premiers chrétiens faisaient précéder la communion d’un véritable repas, les agapes. Il est certain que les tout premiers chrétiens reconstituaient la Cène dans des repas amicaux (agapê signifie amour). Mais saint Paul en dénonça rapidement les abus et, dès le IIe siècle, les agapes vespérales étaient disjointes de ce qui deviendra la messe et étaient célébrées le matin. Des agapes finalement interdites en 397, il ne restera que l’usage du pain bénit.

Quoi qu’il en fût, les premiers chrétiens célébraient, disaient-ils, les « mystères » (et non la Cène). Les prières fondamentales de la consécration sont connues par le Nouveau Testament. Dès la fin du Ier siècle, le Didachê y ajoute d’autres prières.

Divers rites, occidentaux et orientaux, s’élaborent, enrichissant la liturgie autour des parties essentielles qui expriment le sacrifice.

On trouve des traces de canon romain dès le IIe siècle. L’essentiel en est déjà constitué au Ive siècle et reçoit quelques additions au Ve. Apparaît à cette époque une tendance à l’unification des rites ayant cours en Occident sur le seul modèle romain. Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, perfectionne de nombreux points de la liturgie romaine. Il introduit, par exemple, la façon de chanter le Kyrie, impose l’Alléluia en dehors du temps pascal ou déplace le Pater à la fin du canon. Il rédige le sacramentaire, ancêtre du missel, où il conjugue temporal et sanctoral et règle le chant liturgique.

La messe dite de saint Pie V n’est autre que le rite romain, tel qu’on le trouve à peu près à cette époque. Les prières de l’offertoire, qui remontent au VIIe ou au VIIIe siècle, seront adoptées par Rome au XIe siècle. Au Moyen Age, le culte très vif des espèces consacrées fera ajouter le rite de l’élévation pour permettre aux fidèles de mieux adorer les éléments du sacrifice.

On voit ainsi que la notion de messe-sacrifice est bien implantée et répandue dans l’Eglise dès le début du christianisme.

Le développement de la liturgie rencontre assez vite quelques obstacles. Dès le Ive siècle, un certain Vigilance s’oppose au triomphalisme et veut revenir à la simplicité primitive : c’est un discours qui reviendra beaucoup plus tard ! Comme le remarquait en d’autres termes Pascal, les prétendus retours aux sources servent de prétexte aux révolutions destructrices.

De leur côté, à l’époque de Vigilance, les Ariens, qui nient la divinité du Christ, instituent la communion debout et dans la main, réduisant ainsi les marques de respect. Comme pour la plupart des hérétiques, leurs écrits manquent de netteté, mais, refusant la divinité du Christ, ils ne devaient pas croire à la transsubstantiation et, pour eux, la messe ne pouvait être qu’un repas en commun, une cène.

En ce sens, l’arianisme préfigure la Réforme. Le XVIe siècle voit éclore avec la Renaissance un renouveau de la culture gréco-latine dont est issue la civilisation occidentale. Malheureusement, ce renouveau s’inspire d’un humanisme qui n’est rien d’autre qu’une glorification de l’humanité.

L’homme, devenu adulte (comme nos modernes chrétiens !), entend se libérer des contraintes qui, pense-t-il, brident son développement et s’opposent à son bonheur. Des contraintes civiles : et ce sera à terme la Révolution et ses filles. Des contraintes religieuses : et cela commencera dès le début du XVIe siècle par la Réforme.

Luther, le premier réformateur, s’en prend à tout ce qui le gêne : la doctrine et surtout la hiérarchie de l’Eglise catholique. Il vise particulièrement la messe, car, dit-il, « c’est sur la messe comme sur un rocher que s’appuie la papauté ».

Il conserve cependant les apparences de la messe, mais d’une messe vidée de sa substance. Plus de canon, plus de transsubstantiation. Luther admet sous le nom d’impanation, une certaine présence réelle du Christ à l’intérieur des espèces eucharistiques ; Les autres réformateurs réduiront cette présence à une simple présence spirituelle.

Il n’est plus question de sacrifice. La messe, ou plutôt les offices qui prétendent la remplacer, ne sera plus qu’un pieux repas communautaire limité au partage du pain et du vin et commémorant la Cène. On ne parle plus que de Sainte Cène.

C’est contre ces graves errements que s’élève le concile de Trente et que le pape saint Pie V unifie et codifie le rite romain de la messe, tout en reconnaissant la légitimité des autres rites anciens.

Le concile de Trente et saint Pie V, à défaut de ramener au bercail les dissidents égarés dans l’erreur, parviendront par leur action et leur enseignement à maîtriser l’hémorragie. Mais le poison, que l’on décelait déjà au Ive siècle, continue à circuler, étant inhérent à l’orgueil des hommes. La religion de l’homme qui se fait Dieu, ne peut que s’opposer, parfois discrètement au culte du Dieu qui s’est fait homme. Et la messe tournée vers l’homme ne peut que vouloir remplacer la messe tournée vers Dieu.

Malgré les décisions du concile de Trente et de saint Pie V, on assistera, dès la fin du XVIIe siècle, au moins en France, à une nouvelle dérive, sous l’influence du gallicanisme et surtout du jansénisme qui n’est rien d’autre qu’un semi-protestantisme. Chaque diocèse en vient à concocter son rite. Certains introduisent de nouvelles prières, des lectures supplémentaires, la langue vernaculaire. Ici et là, on remplace l’autel par une table. On conserve le canon romain, presque toujours en latin, mais souvent récité à haute voix. Le respect du saint sacrifice de la messe s’en trouve de nouveau amoindri.

L’exemple français est suivi en Allemagne et en Italie où le concile de Pistoie, réuni en 1786 et condamné par Rome en 1794, décide d’étendre la concélébration et d’introduire dans la messe la langue vulgaire.

Au XIXe siècle, tout rentre dans l’ordre, grâce à l’action de Rome et à celle de personnalités comme dom Guéranger, et peut-être aussi grâce à la réaction contre l’esprit révolutionnaire. La messe retrouve pleinement sa définition que donnera saint Pie X dans son Catéchisme : « La sainte messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels dans les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. »

A peine le saint pape a-t-il disparue que le Mouvement liturgique commence à déraper vers de vieilles erreurs. Il va vouloir faire passer l’aspect apostolique de la messe avant son aspect cultuel : l’éducation de l’esprit chrétien prendrait le pas sur le culte rendu à Dieu. Une fois de plus, on tend à substituer la dimension horizontale à la dimension verticale.

Dès les années 1920, Dom Beauduin envisage de faire servir la liturgie au mouvement œcuménique en l’adaptant aux urgences de l’union des Eglises. Il sera condamné par Rome, mais n’en continuera pas moins à travailler dans le même sens avec les dominicains, les pères Chenu, Congar, Roguet.

Après Pie V et Pie X, Pie XII intervient. Il tente en 1947 de mettre fin à la subversion avec l’encyclique Mediator Dei où on lit par exemple : «Il faut réprouver l’audace tout-à-fait téméraire de ceux qui, de propos délibéré, introduisent de nouvelles coutumes liturgiques ou font revivre des rites périmés ». « Ce serait sortir de la voie droite de vouloir rendre à l’autel sa forme primitive de table, de vouloir supprimer radicalement des couleurs liturgiques le noir », etc. On voit que le pape s’opposait de toute son autorité aux propositions des néoliturges. En vain.

C’est dans cette ambiance trouble que fut convoqué le concile Vatican II. Là se trouvèrent réunis deux mille évêques dont le nombre faisait de l’assemblée une masse ingérable mais sensible, selon la psychologie des foules, aux manipulations des groupes de pression.

Le pape Jean XXIII, conscient du danger, avait fait préparer des textes qu’il suffisait à un concile de courte durée d’entériner. Mais, dès le début du concile, une habile manœuvre de quelques évêques qui agissaient de concert fit rejeter en bloc tous ces textes. On assista là à une prise de pouvoir qui rappelait celle des Etats Généraux de 1789 et ce qui s’ensuivit. Il fallut prolonger le concile pour laisser à des commissions le temps d’élaborer de nouveaux textes.

Une nouvelle commission se trouva donc chargée de préparer une constitution sur la liturgie. Les membres de cette commission tombèrent d’accord pour conserver la messe traditionnelle tout en admettant qu’on lui apportât quelques aménagements.

Le texte proposé par la commission fut adopté sans difficulté par les pères conciliaires, dont la grande majorité ne soupçonnait pas l’usage de ce qu’on en ferait.

A l’instar, dans un domaine bien différent, de la trop fameuse loi Veil-Chirac-Giscard, les « réformes » conciliaires commencèrent par le rappel ferme et solennel de la doctrine traditionnelle. Mais les textes entrebâillaient ensuite la porte à de rares exceptions, des « exceptions » qui devinrent rapidement la règle. La communion « dans la main » est typique à ce sujet. Se rangeant à l’avis de nombreux évêques consultés, le texte post-conciliaire promulgué par le Vatican exposait avec force que la traditionnelle communion « sur la langue », dont il détaillait toute la valeur, resterait la loi dans l’Eglise. Il était toutefois admis que, dans les lieux où un « autre usage » s’était introduit (sans légitimité !) on pourrait le conserver. Cette insolite prime à la désobéissance a servi de prétexte au renversement de la loi.

Au grand étonnement des membres de la commission liturgique du concile, il en sera de même pour la messe.

Un Consilium fut chargé de l’application de la constitution sur la liturgie. Placé sous la responsabilité du cardinal Lercaro, il était en fait dirigé par le père Bugnini. Le père Bugnini avait été le secrétaire de la commission liturgique préparatoire du concile, mais on l’avait tenu à l’écart de la commission conciliaire, car son travail « n’avait pas été jugé satisfaisant ».

Ainsi mené par un prêtre sanctionné, et plus tard accusé d’appartenir à la franc-maçonnerie, le groupe de travail comptait parmi ses membres, six pasteurs protestants ainsi appelés à participer à la réforme de la messe catholique ! Il fit expérimenter une « messe normative », c’est-à-dire, au sens propre, destinée à faire des réglages. Le saint sacrifice de la messe était essayé comme un nouveau modèle de voiture.

Le missel rédigé par le Consilium fut publié le 3 août 1969. Les experts de la commission précédente constatèrent avec stupeur que la nouvelle messe, dite de Paul VI, ne correspondait pas, même sur le plan doctrinal, au résultat de leurs travaux. L’un deux, le cardinal Stickler, a pu écrire : « Le centre essentiel de la messe, qui était précisément l’action sacrificielle elle-même, a été nettement déplacé au profit de la communion dans la mesure où tout le sacrifice de la messe a été transformé en un repas eucharistique. »

Ainsi, comme cela avait été tenté par la Réforme protestante, la Cène prenait la place du sacrifice, contrairement à la doctrine de toujours précisée par le concile de Trente. Luther aurait pu signer la définition qui ouvrait l’exposé de la nouvelle liturgie : « La Cène du Seigneur ou messe est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu sous  la présidence (sic) du prêtre pour célébrer la mémoire du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblé locale de la Sainte Eglise la promesse du Christ : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux » (donc une présence purement spirituelle qui n’existe pas si le prêtre célèbre sans fidèles !).

Devant le scandale soulevé par cette formule, la définition fut rectifiée en gros, mais elle reste celle de la messe dite de Paul VI, puisque la liturgie qu’elle introduisait n’a reçu aucune rectification.

Ce fut donc à bon droit que, avec l’accord d’une vingtaine de leurs collègues, les cardinaux Ottaviani et Bacci réagirent en présentant leur Bref examen critique.


Daniel Raffard de Brienne


Extrait du Bref examen critique du nouvel Ordo Missae, éditions Renaissance Catholique, 2004


 

dimanche, 21 juin 2009

Les Mémoires Inachevés de Serge de Beketch

sdbmemoiresinacheves200.jpgOn peut mourir pour la France. La famille de Serge de Beketch n’a cessé de mourir pour la France. Mais on peut également, lorsque la France n’est plus la France ou presque, mourir par la France. On peut avoir mal à la France, comme l’a joliment dit un jour Roger Chinaud, on peut aussi en crever, comme Serge, qui nous a quittés il y a presque deux ans. Toute la vie de Serge a été altérée par cet amour fou qu’il portait à la France, et par son corps torturant qui le faisait tant souffrir et tousser. Voici ce qu’il écrit au début de ses fabuleux mémoires, qui témoignent de son génie de nouveau-né comme d’écrivain :

« Je suis mort de naissance. L’accoucheur m’a arraché des entrailles maternelles, tout ensanglanté, le crâne déformé et la gorge déchirée par les mâchoires du forceps. J’étais inerte, asphyxié, bleu foncé, le coeur arrêté... »

Le nouveau-né aurait pu en terminer là. Nous aurions été privés du plus grand journaliste français, et du dernier clerc mort pour la France. Mais la providence intervient, grâce au médecin :

« Alors, poliment, il a fait un petit effort. Il m’a secoué, j’imagine, comme on secoue une montre arrêtée. Et j’ai démarré. Depuis, j’essaie de me rappeler de ce qui s’est passé juste avant ce moment, mais rien. Il va falloir que j’attende pour découvrir le fameux tunnel de lumière ».

Etre de lumière, Serge de Beketch est venu peut-être pas pour nous guider, mais pour nous éclairer. Je l’imagine dans la caverne de la Moria, portant comme Frodon, son personnage préféré, une fiole d’elfe lumineux. Et pourtant, que d’obscurités n’a-t-il pas dû affronter ! Toujours de ses mémoires prodigieux, lorsque Serge évoque la disparition de son père :

« Les mois qui suivirent, les années, les décennies, apparaissent, quand je considère aujourd’hui mon adolescence et ma jeunesse jusqu’à mon mariage, comme une sorte de pays maudit, enténébré, peuplé d’ombres, chargé de nuées obscures, foudroyé par des rafales d’éclairs menaçants, assourdi par les hurlements des tempêtes et les coups de tonnerre ».

Serge était un fou de France, mais il fut aussi, comme je l’ai dit, un malade de la France, pays promis à toutes les prostitutions, à tous les démissions. Mais c’était la terre où il était né et où il devait vivre sa passion d’éclaireur et de chrétien ; voici ce qu’il en dit de la France :

« Un pays que je traversais moi aussi en diagonale, tête haute et regard ailleurs, éperdu de chagrin et dévoré de peurs inexplicables. Un pays que je me suis résigné à aimer ».

Et il l’a défendue comme personne, la France.

Je ne me serais pas permis une aussi longue préface (et même une postface) si Serge avait vécu pour nous délivrer plus que ces quelques chapitres de ses mémoires inachevés. Mais je l’ai fait dans un but bien précis : montrer comment il m’avait aidé, secouru, permis de m’exprimer, comme il l’a permis à tant de personnes. Il nous a nourris, rectifiés, consolés, comme disait Voltaire, son ennemi de toujours, inspiré pour une fois. Par contre je demanderai un effort à toutes celles et à tous ceux qui ont entrevu un monde meilleur grâce à notre Serge : achetez ce livre, pour Serge et pour Danièle.

Nicolas Bonnal

Pour commander le livre : adresser un chèque de 24 euros (ou plus !) à Danièle de Beketch, 21 bis, rue du Simplon, 75018 Paris. Port compris.

samedi, 13 juin 2009

Fête de la Courtoisie, le 14 juin 2009

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jeudi, 04 juin 2009

La pensée unique

la pensée unique.pngLa Pensée unique

Actes de la 14e Université d’été de Renaissance Catholique 2005 (Villepreux)

Politiquement correct, moralement correct, historiquement correct, économiquement correct, artistiquement correct : notre époque qui se dit libertaire encadre chaque jour la liberté de pensée de nouveaux interdits. Elle multiplie dans tous les domaines les tabous dont l’irrespect fait de vous un intouchable, avec qui toute discussion est considérée comme inutile, quand il ne vous met pas à la merci de toutes sortes de brimades sociales, professionnelles ou judiciaires. Elle proclame que l’on peut remettre en question les vérités les mieux établies ; elle n’invite à débattre, en pratique, que ceux qui sont d’accord entre eux sur l’essentiel.

Historiens, journalistes, universitaires, les onze conférenciers réunis par Renaissance Catholique pour sa quatorzième Université d’été explorent les facettes de ce mécanisme néo-totalitaire. Ils dénoncent, dans l’hégémonie de cette pensée unique, une tyrannie née de la disparition de la vérité objective.

 

  • Les auteurs sont :
    Martin Peltier, Philippe Conrad, Serge de Beketch (†), Jean Sévillia, Michel De Jaeghere, Aymeric Chauprade, Olivier Pichon, Michel Sarlon-Malassert, Jean-Pierre Dickès, Olivier Madelin, Jean-Pierre Maugendre
  • 394 pages
  • format 150 x 200
  • ISBN 978-2-916951-11-9
  • 20 €

Pour commander l'ouvrage

samedi, 30 mai 2009

27ème Pélerinage de Pentecôte

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27e pèlerinage de Chartres 30, 31 mai et 1er juin 2009

 

Etre pèlerin

Si tout homme est spirituellement un pèlerin sur la terre, prendre la route de Chartres est une décision personnelle qui permet de rejoindre physiquement, même si ce n'est que pour un temps limité, cet état spirituel d'homme qui marche vers sa destinée éternelle. Marcher, c'est terre à terre. Et pourtant cette marche-la nous mène aux portes du Ciel !

C'est, pour un certain temps, se mettre dans un état de pauvreté volontaire. Oublier l'accessoire, pendant trois jours. Retrouver dans la simplicité des lys des champs, qui, selon la parabole du Christ, bien qu'ils ne se préoccupent pas de quoi sera fait le lendemain, sont plus somptueusement vêtus que Salomon dans toute sa gloire !

Marcher, occuper le corps pour libérer l'esprit. Il faut avoir fait cette expérience pour savoir ce qu'elle représente : marcher, dans la pauvreté, permet de se retrouver soi-même, loin des préoccupations de tous les jours. pèleriner présente également un côté ascétique. A certain moments, il est difficile d'avoir abandonné tout confort, difficile de subir le froid de la nuit et la chaleur de midi, la fatigue de la route et la soif de tout le jour, difficile de dominer parfois sa douleur physique pour aller vers le but que l'on veut atteindre. Il est cependant possible, avec le Christ, d'entrer par cette petite porte dans le grand mystère de la souffrance

"Il dépend de nous

Que l'Eternel ne manque point de temporel

Que le Spirituel ne manque point de charnel, Il faut tout dire, c'est incroyable, que l'éternité ne manque point d'un temps

Que l'Esprit ne manque point de chair

Que Jésus ne manque point d'Eglise

De son Eglise. I

Il faut aller jusqu'au bout : que Dieu ne manque point de sa création"

Péguy, le porche du mystère de la Deuxième Vertu.

 

Un pèlerinage de Chrétienté

En mettant ses pas dans les pas de ses Pères, le pèlerin de Chartres continue la marche des pèlerins du Moyen-Age, des Rois de France, des étudiants d'avant-guerre et d'avant-68, continue la Foi des paroisse et la Foi des métiers, celle de la France et des nations chrétiennes. Ainsi, le pèlerinage de Chartres se veut-il une réponse enthousiaste à la question que posait Jean-Paul II: " France, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? " (appel du Bourget, 1980), question qui se pose également à toutes les nations chrétiennes. C'est dans cet esprit que le pèlerinage de Chartres se met sous la protection de Notre-Dame de Chrétienté. La Chrétienté cette alliance joyeuse du Ciel et de la Terre !

"La Chrétienté est une alliance du sol et du Ciel; un pacte scellé du sang des Martyrs, entre la terre des hommes et le paradis de Dieu. Un jeu candide et sérieux, un humble commencement de la vie éternelle. La Chrétienté, c'est la lumière de l'Evangile projetée sur nos patries, sur nos familles, sur nos moeurs et sur nos métiers. La Chrétienté, c'est le corps charnel de l'Eglise, son rempart, son inscription temporelle [...] C'est aussi et surtout la proclamation de la royauté de Jésus-Christ sur les âmes, sur les institutions et sur les moeurs" (Dom Gérard)

La Chrétienté, c'est une cité dans laquelle les institutions et les modes de vie ne sont plus des obstacles à l'épanouissement des hommes, mais, respectueux de l'ordre naturel, des instruments qui permettent l'élévation de l'homme. Il ne s'agit pas, en voulant pacifier et embellir la Terre, de remplacer le Ciel, mais bien de lui servir d'escabeau. Et les pèlerins de Chartres sont de ces chrétiens qui veulent instaurer sur terre ce règne social de Jésus, car nous savons qu'Il est la seule alternative à la culture de mort et que c'est avec Lui seul que nous pourrons bâtir une civilisation du 3ème millénaire qui soit harmonieuse.

Le pèlerinage de Chartres utilise un rite liturgique Romain dit "de St Pie V", du nom du Pape qui en a révisé et fixé la forme par la bulle "Quod Primum", en 1570. Ce rite est également appelé "Tridentin", parce que la publication de la bulle de St Pie V eut lieu à la suite du Concile tenu de 1545 à1563 dans la ville de Trente (Italie du Nord). La messe célébrée dans ce rite est dite "traditionnelle", ou "de toujours", parce que c'est cette liturgie qui existait dans l'Eglise catholique d'Occident, avant la réforme de Paul VI aboutissant en 1969 aux messes que nous connaissons aujourd'hui dans la plupart des paroisses.

Origines du rite tridentin

Dès les début de l'histoire de l'Eglise, il fut rapidement nécessaire de codifier les pratiques liturgiques des fidèles, afin d'assurer l'unité des premières communautés de chrétiens, ainsi que pour donner à cette célébration tout le respect et la piété nécessaire. L'apôtre Saint Paul eut dans ce domaine une grande influence. Ainsi, la structure générale de la messe telle que nous la connaissons aujourd'hui était déjà en place dès le IIIème siècle. Cette structure est commune à tous les rits actuels de l'Eglise catholique, qu'ils soient orientaux (chaldéen, byzantin, melkite, syriaque, maronite, arménien, copte, éthiopien) ou occidentaux (ambrosien, mozarabe, gallican, dominicain, lyonnais, parisien, romain, bénéventain).

Entre 590 et 604, Saint Grégoire le Grand réalisa une mise en ordre des prières de la messe, et la première publication d'un sacramentaire officiel complet. Il parachevait un travail commencé par ses prédécesseurs, en particulier Saint Léon le Grand et Saint Gélase. Dès cette époque, la structure de la messe romaine était achevée. Ne lui furent ajoutés que le Credo (texte datant du IVème siècle, mais ajouté au IXème siècle), et les prières de l'offertoire (introduction entre le 9ème et le 12ème siècle, depuis les rits gallicans).

Pépin le Bref puis Charlemagne favorisèrent l'extension du rite romain dans tout l'empire d'Occident.

En 1474, dès l'invention de l'imprimerie, parut le premier "Missel Romain".

En 1570, le Pape Saint Pie V publie une nouvelle édition du missel Romain, qui n'est que la reprise, à de rares et minimes corrections près, du missel de 1474. Mais il accompagne cette publication de la bulle "Quod Primum", organisant la célébration du Saint Sacrifice.

Cette bulle a pour objet de "normaliser" les pratiques liturgiques de l'époque, et d'éliminer les fantaisies inopportunes que les protestants avaient introduites. Ainsi, elle énonce que le Missel de 1570 est désormais le missel unique que doivent utiliser tous les clercs de l'Eglise catholique Romaine. Mais, respectant les rits vénérables antérieurement pratiqués, elle donne l'autorisation de conserver tout rit pouvant justifier d'une pratique antérieure à deux siècles (le rite Dominicain, le rite Ambrosien, etc.). Ce texte solennel du saint Pape donne très clairement l'autorisation à tout prêtre, pour l'éternité, de célébrer la messe selon ce rite.

Les successeurs de Saint Pie V ont continué l'évolution du missel, en poursuivant le processus de développement continu qui, depuis l'origine, est le reflet de l'approfondissement par l'Eglise du trésor de la Révélation, nous transmettant un rite dont la forme initiale est fixée depuis 1400 ans ! Ainsi nous est parvenu, dans sa vivante fidélité aux origines, le vénérable rite romain, dont la dernière codification date de 1962.

La richesse symbolique du rite traditionnel latin

Le rite dont St Pie V a codifié l'expression est complètement imprégné des siècles d'histoire de l'Eglise. Sait-on, par exemple, que si les autels contiennent des reliques de Saints, c'est pour rappeler les premiers chrétiens, qui célébraient la Messe dans les catacombes, sur les tombes des martyrs ?

Quelques particularités du rite romain traditionnel

Le latin liturgique.

Le rite romain utilise le latin pour les textes des prières de la liturgie du jour, pour les prières du "Kyriale" (Kyrie (en grec), Gloria, Credo, Sanctus, Agnus) et pour la prière eucharistique. Les lectures et l'homélie sont faites en Français. L'utilisation habituelle d'un bon missel permet de participer sans difficultés très importantes, à la prière de l'Eglise.

Les textes propres à la liturgie du jour.

Si le Kyriale est chanté par toute l'assistance, les textes propres à la liturgie du jour ("le propre"), sont souvent chantés par une chorale.

Ce chant utilise les mélodies grégoriennes, cette musique si proche de la respiration de l'âme qu'elle en devient une prière. Se laisser porter dans la prière par la mélodie grégorienne peut demander une certaine accoutumance, mais qui ne comprend que l'on n'entre pas de plain-pied dans la contemplation des mystères divins ! La prière personnelle prend ici une dimension communautaire, s'exprimant à l'intérieur du support offert par la mélodie grégorienne.

La compréhension des textes chantés est à tout moment possible en se référant aux traductions des livres de messe. Pour le pèlerinage de Chartres, le livret distribué à tous les pèlerins contient les traductions de tous les textes de toutes les prières. Dans ce cadre, la démarche de prière devient à la fois très personnelle, puisque chaque âme est libre de suivre le cours d'une prière libre, et non plus de subir un texte qui dérangerait l'oraison, et à la fois très efficace, car l'attention personnelle à des mots lus est plus grande que celle accordée à des mots seulement entendus.

Le canon et la consécration

Dans le rite romain traditionnel, le canon (l'ordre des prières entourant la consécration du pain et du vin) est dit non seulement en latin, mais aussi en silence, et dos à l'assemblée. Pourquoi ?

Le rite romain traditionnel est très particulièrement tourné vers l'adoration et le contemplation. De la même façon que toute l'architecture d'une église "classique" traduit dans la pierre la raison d'exister de cette église, c'est à dire la louange divine, le rite romain traditionnel est tout entier façonné autour de la même finalité, louange et adoration. Ceci est particulièrement vrai pour la prière eucharistique, l'élément central de la Messe, qui réalise ce qui reste un mystère : la transsubstantiation du pain et du vin.

Que la prière de consécration soit dite en Latin, en Slavon, en Araméen ou en hébreu, à ce moment, qui peut dire que c'est l'intelligence du texte qui fait la qualité de la prière du fidèle ? Car que saisissons-nous du mystère central, qui est le mystère de l'Eucharistie ? Même si nous comprenons tous les mots, l'essentiel nous échappe, et demeure "invisible pour les yeux" ! A ce moment, le rite romain traditionnel permet une adoration libre, qui peut toutefois s'appuyer sans contrainte sur la lecture personnelle du texte que prononce le prêtre.

Par les grandes périodes silencieuses qui entourent particulièrement la consécration, par l'ordonnancement des prières, par l'attitude des corps, et par l'emploi du latin lui-même, ce rite romain antique n'enchaîne pas l'âme dans un réel dont elle n'arriverait pas à s'élever. Au contraire, le rite lui ménage de grands espaces de liberté, qui lui permettent, en toute paix, une adoration, une contemplation, une oraison, un coeur à coeur plus aisé et plus personnel.

La plupart des églises sont tournées vers l'Orient, qui représente à la fois la Jérusalem terrestre, épicentre de la religion Catholique, et la Jérusalem céleste, l'Orient étant le côté ou le soleil se lève, celui de l'arrivée de la lumière symbole lumineux du Dieu venu sur terre. Il est donc bien naturel qu'au plus fort de la Messe, le prêtre, s'identifiant au Christ, s'adresse à Dieu et soit tourné vers l'Essentiel, soit "Orienté". Ainsi, l'orientation du prêtre est beaucoup moins "dos à l'assistance" que "face à Dieu". Avec l'assemblée des fidèles, nous sommes ainsi tous tournés vers le Seigneur.

Le latin, langue de l'Eglise

La question de l'emploi du latin est souvent source de controverses. En effet, à quoi bon utiliser une langue que peu de gens comprennent, pourquoi ne pas lui préférer l'Anglais dans les célébrations internationales ? Tout simplement parce que le latin est la langue de l'Eglise d'Occident !

"L'Eglise, qui groupe en son sein toutes les nations, qui est destinée à vivre jusqu'à la consommation des siècles, [...] a besoin par sa nature même d'une langue universelle, définitivement fixée, qui ne soit pas une langue vulgaire". (Pie IX, Epist. Ap. officiorum omnium,1922)

Le latin est une langue stable. Au contraire des langues dites vivantes, dont l'évolution est constante, il n'y a pas de dérive sémantique en latin, le sens actuel des mots latins est celui de l'origine. Ainsi cette langue permet des définitions dénuées de toute ambiguïté.

"La langue de l'Eglise doit non seulement être universelle, mais immuable. Si en effet les vérités de l'Eglise Catholique étaient confiées à certaines ou plusieurs langues humaines changeantes dont aucune ne fait davantage autorité sur une autre, il résulterait d'une telle variété que le sens de ces vérités ne serait ni suffisamment clair, ni suffisamment précis pour tout le monde" (Jean XXIII, Veterum sapientiae, 1962)

 L'enseignement du Concile Vatican II, et les Papes depuis Paul VI, ont fréquemment réaffirmé la nécessité de l'utilisation du latin dans les cérémonies :

"L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins [...] On veillera cependant à ce que les fidèles puisse dire ou chanter ensemble en langue latine les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent" (concile Vatican II, La Sainte Liturgie, 1963)

Le latin, support d'unité

Particulièrement en présence de nombreux étrangers, l'emploi d'une langue commune, musicale et précise, est un signe d'unité particulièrement ressenti quand, comme en 1999, des pèlerins venus de 21 pays rejoignent les pèlerins de France !

Le rite romain traditionnel permet d'unir tous les pèlerins dans une forme d'expression commune, qui ne soit pas le propre d'une culture, mais qui soit commune à tous. C'est la culture de l'Eglise Catholique, universelle. Cette langue permet de traduire concrètement notre communion, nous rapproche de nos frères pèlerins, de ceux qui ont fait parfois plusieurs milliers de kilomètres pour venir à Chartres, mais aussi de tous nos frères du monde, au delà des frontières, dont la prière s'appuie sur les mêmes mots. Il est très émouvant, pour un Français, d'utiliser pour prier les mêmes mots et les mêmes attitudes qu'un Américain ou un Letton.

Les mots latins que nous prononçons sont chargés du même sens que lorsqu'ils étaient prononcés par nos pères, par toutes les générations de Chrétiens qui nous ont précédés. Cette vénérable prière latine permet d'unir dans la même prière, au delà de toutes les frontières, tous les orants présents, mais aussi tous les orants passés, jusqu'aux premiers apôtres, et tous les orants futurs, jusqu'à la fin du monde

L'attitude spirituelle de l'orant dans ce rite est faite d'une part d'humilité et de reconnaissance: une part de sa prière s'inscrit dans la prière immémoriale de l'Eglise Catholique, il inscrit physiquement, matériellement, sa propre démarche spirituelle dans la grande démarche de l'Eglise elle-même, il utilise pour sa supplication le cri même de l'Eglise, et pour son action de grâce le joie de l'Eglise !

Source : Notre-Dame de Chrétienté

jeudi, 21 mai 2009

Aujourd'hui, fête de l'Ascension

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"Considérons quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd'hui dans le ciel. N'est-ce pas qu'on y reçoit Jésus-Christ comme un conquérant ? Mais c'est nous qui sommes sa conquête ; et c'est de nos ennemis qu'il triomphe. Toute la cour céleste accourt au devant de Jésus, on publie ses louanges et ses victoires ; on chante qu'il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d'Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur, eh ! quelle est donc notre gloire puisque le salut et la délivrance des hommes fait non seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même ? Réjouissons-nous, mortels misérables, et ne respirons plus que les choses célestes.

La divinité de Jésus, toujours immuable dans sa grandeur, n'a jamais été abaissée ; et par conséquent ce n'est pas la Divinité qui est aujourd'hui établie en gloire, car elle n'est jamais déchue de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c'est elle qui est élevée aujourd'hui : et si Jésus est couronné en ce jour illustre, c'est notre nature qui est couronnée ; c'est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbe."


Bossuet, Sermon pour le jour de l'Ascension, 1656.

mercredi, 22 avril 2009

Le linceul dans l'Evangile

L'objet le plus important de l'Histoire des hommes

Enfant, j'ai vécu sous le regard de la Sainte Face. Mes grands parents, orthodoxes, l'avaient placée dans l'iconostase familiale, avec une icône de la Vierge de Kazan et un portrait de l'empereur Nicolas II.

Peu à peu m'est venue la certitude que le Saint Suaire était un Cinquième Evangile mis "en réserve de la Foi" en attendant notre époque d'imagerie triomphante.

Les résultats de l'enquête scientifique effectuée sur le Suaire de Turin en 1978 par quarante scientifiques de tous domaines et de toutes origines religieuses (plusieurs se convertirent au christianisme après leurs travaux) me renforcèrent dans cette assurance.

Les menées abjectes et grotesques des lobbies et de leurs médias contre le Saint Suaire ; le recours aux armes du mensonge, du trucage et de la corruption ; la lâcheté de certains clercs achevèrent de me convaincre du caractère capital du combat pour la reconnaissance de l'authenticité.

Ce travail est, pour l'essentiel, accompli aujourd'hui par le CIELT dons les congrès, à Paris et à Rome, furent décisifs contre "le mauvais coup de la datation".

Je suis fier, en cette fête de la Résurrection, que Daniel Raffard de Brienne, Président du CIELT et spécialiste du Saint Suaire sur lequel, depuis des années, il a donné des centaines de conférences en Europe et dans le Monde, ait accepté de confier au "Libre Journal" une sorte de résumé des connaissances aujourd'hui acquises sur ce qui est sans doute l'objet le plus important de l'Histoire des hommes.

Serge de Beketch

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Le linceul dans l'Evangile

Linceul 2.gifLe Linceul actuellement conservé à Turin entre dans l'histoire le soir de la Passion. Les trois Evangiles synoptiques rapportent en effet que Joseph d'Arimathie, ayant acheté un linceul (blanc, précise saint Matthieu), en enveloppa le corps du Christ. Le mot grec utilisé dans ces trois Evangiles est "sindôn", toile de lin. C'est le sens exact du mot "linceul". Sindôn, comme linceul, désigne secondairement une toile de lin servant à envelopper un corps.

Saint Jean, en parlant de cet enveloppement, utilise le mot grec "othonia", que l'on a souvent traduit par "linges", un autre mot français désignant des pièces de lin. "Othonè", d'où dérive "othonion", s'applique à une toile de lin fine (comme celle du Linceul de Turin). On peut considérer qu'"othonia" désigne donc le linceul et non d'improbables bandelettes. D'ailleurs, saint Luc, parlant du tombeau vide, emploie aussi le mot "othonia" et non plus "sindôn". Ces remarques prennent leur valeur quand on aborde le fameux passage de saint Jean que l'on a généralement traduit ainsi : « Pierre entra dans le sépulcre, il vit le linge ("soudarion") qui couvrait la tête, non pas posé avec les linges, mais roulé en un autre endroit ». Les traducteurs ont longtemps pensé que le suaire, roulé à part, était le Linceul. Déjà, au VIIe siècle, saint Braulion emploiera le mot "sudarium", suaire, à propos du Linceul du Christ. En réalité, "soudarion" désigne un mouchoir ou une serviette et, s'il est « enroulé en un endroit », il n'est pas dit qu'il est à part. L'exégèse moderne a démontré que le "soudarion" était la mentonnière serrée autour du visage du Christ et restée, au matin de Pâques, enroulée à sa place entre les pans du Linceul retombé à plat. La disposition du "soudarion" montrait donc que le corps avait disparu sans que l'on ait pu l'enlever. Et ceci explique la réflexion de saint Jean à ce propos : « Il vit et il crut ».

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Le Linceul au Proche-Orient

Plusieurs textes antiques font allusion aux linges funéraires du Christ, mais leurs indications sont si vagues et si confuses que l'on ne peut rien en tirer qui éclairerait l'histoire du Linceul au cours des premiers siècles. Seule une phrase d'un apocryphe du IIe siècle, l'Evangile des Hébreux, montre que l'on savait à cette époque que le "sindôn" était conservé.

L'iconographie fournit un indice important. On sait qu'aucun texte ne donne le moindre détail sur l'aspect physique du Christ. On voit dans les catacombes romaines le Bon Pasteur représenté sous la figure d'un jeune homme imberbe aux cheveux courts et bouclés. Puis apparaît peu à peu, au IVe siècle et même plus tôt, le type classique du Christ à barbe et cheveux longs. Emile Mâme y voyait l'influence de mosaïques de Jérusalem.

Toujours est-il que, dès cette haute époque, l'iconographie du Christ prend pour modèle la face imprimée sur le Linceul. On remarquera qu'à chaque nouvelle apparition publique du précieux linge le portrait du Christ ressemblera davantage à cette face : ainsi lors de la découverte du Mandylion à Edesse au VIe siècle et lors de son transfert à Constantinople en 944. Une grave inondation ravagea en 525 la ville d'Edesse, l'actuelle Urfa, au nord de la Mésopotamie. On découvrit alors dans les ruines le Mandylion, un portrait « non fait de main d'homme » du Christ. On sait maintenant qu'il s'agissait du Linceul, « plié quatre fois » derrière un treillage d'or ne laissant voir que le visage. A l'époque, on attribua le portrait à un miracle réalisé au profit du roi Abgar avant l'an 30. On peut sans doute voir dans la légende de Véronique qui apparaîtra au VIIIe siècle. Les textes concernant le Mandylion sont nombreux, mais deux questions se posent : pourquoi et quand ?

- Pourquoi avait-on dissimulé le Linceul sous l'aspect de ce portait ? La réponse est simple : à l'horreur héritée des Juifs pour tout ce qui se rapporte à la mort s'était ajouté, par respect, le refus de montrer le Christ souffrant. Les tout premiers crucifix ne datent que de la fin du Ve siècle.

- Deuxième question : quand le Linceul arriva-t-il à Edesse et quand, transformé en Mandylion, fut-il caché ? On ne sait rien sur la date d'arrivée. Quant à la date où le Mandylion fut dissimulé puis oublié, elle se situe certainement avant le IVe siècle et à l'occasion d'événements particulièrement graves. On peut penser au très dur siège subi par Edesse en 260 de la part des Perses.

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Le Linceul à Constantinople

Linceul 4.gifEdesse tomba sous le joug de l'islam en 639 et l'Empire byzantin ne put jamais la reprendre. Toutefois l'empereur romain Lécapène mena ses troupes jusqu'aux murs de la ville en 943 et exigea de l'émir la remise du Mandylion. Le Mandylion fit son entrée à Constantinople le 15 août 944. On ne tarda pas à le déplier et à constater qu'il s'agissait du Linceul, puisqu'une homélie de Grégoire le Référendaire, récemment traduite par le R.P. Dubarle, le décrit alors en mentionnant la plaie du côté que le pliage du Mandylion dissimulait. Plusieurs textes donnent quelques détails qui permettent d'identifier le "sindôn" conservé à Constantinople avec le Linceul de Turin. On peut citer, en particulier, la chronique de Guillaume de Tyr rapportant la visite du roi latin de Jérusalem en 1171, et une harangue de Nicolas Mésaritès en 1201. Mais, là encore, les preuves les plus convaincantes sont apportées par l'iconographie avec les peintures et les mosaïques de Constantinople, de Cappadoce, de Grèce... Et aussi les monnaies et ivoires byzantins. On y note non plus seulement le visage caractéristique imprimé sur le Linceul mais d'autres particularités comme la main sans pouce et la jambe d'apparence plus courte que l'autre. Il est même amusant de remarquer que la traverse inférieure de la croix orientale, une traverse qui représente un supposé "suppedaneum" (repose-pieds), est disposée en biais pour compenser la prétendue boiterie du Christ ! Les miniatures d'un manuscrit conservé à Budapest, le codex Pray, apportent des indices supplémentaires. Les experts les estiment antérieures à 1150. L'une d'elles représente le corps du Christ étendu avec des détails propres à l'image du Linceul : la nudité, les mains croisées, l'absence de pouce. Une autre montre le Linceul avec les chevrons (très exagérés) de son tissu et surtout avec quatre petits ronds disposés en "L" et qui correspondent exactement à quatre petites brûlures rondes du Linceul de Turin. Ces brûlures, antérieures à l'incendie de 1552, étaient sans doute interprétées comme des taches de sang et, pour cette raison, reproduites avec soin tant dans cette miniature que dans un dessin de 1516 conservé à Lierre en Belgique et où les quatre ronds sont peints en rouge. A la fin de 1203, détournés de leur objectif par la rapacité des Vénitiens, les combattants latins de la IVe croisade débarquent à Constantinople en attendant de repartir pour l'Egypte. L'un d'eux, Robert de Clari, qui laissera un récit de l'expédition, en profite pour visiter la ville. Il voit dans l'église des blachernes « le sydoine (linceul) où Notre Sire fut enveloppé... On y pouvait bien voir la Figure de Notre Seigneur ».

Mais les choses se gâtent entre les Grecs et les Francs qui conquièrent la ville en 1204 et s'y installent. Et le Linceul disparaît. Robert de Clari explique : « Ni ne sut-on onques, ni Grec, ni Flançais, ce que le sydoine devint quand la ville fut prise ».

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Le Linceul en Champagne

Vers 1350, le Linceul, disparu en 1204 à Constantinople, apparaît en Champagne, dans le village de Lirey, entre les mains d'un brillant chevalier et chef de guerre, Geoffroy de Charny. Faute de documents on ne sait que peu de choses sur l'histoire de la relique entre ces deux dates, sinon qu'en 1239 ou 1241 l'empereur latin de Constantinople fit parvenir un morceau du tissu à saint Louis et que, sans doute en 1266, le grand Khan des Mongols, Khoubilaï, envoya de Pékin au Pape une toile d'amiante destinée à protéger le Linceul. On sait aussi que Geoffroy de Charny acquit lui-même la relique. Rien de cela n'éclaire les pérégrinations qui ont mené le Linceul de la capitale byzantine au village champenois. On a bâti sur de frêles indices plusieurs scénarios où l'on a fait intervenir jusqu'aux secrets ou prétendus secrets des Templiers. Mais il semble que l'on s'avance maintenant vers une solution moins romanesque mais plus sûre. Une lettre de Théodore Ange au Pape Innocent III, découverte il y a peu d'années, montre qu'en 1205 le Linceul se trouvait à Athènes où l'avait apporté un croisé pilleur de Constantinople, Othon de la Roche, qui s'y taillait un duché. Il est raisonnable de penser que le Linceul resta à Athènes jusqu'à ce que le dernier héritier d'Othon de la Roche en fût chassé en 1311. Le dernier duc d'Athènes finit par se réfugier en France où, devenu connétable, il mourra, sans héritiers, avec Geoffroy de Charny à la bataille de Poitiers en 1356. Il avait certainement rencontré Charny en 1344 et en 1345, à une époque où celui-ci recherchait des reliques pour la collégiale qu'il comptait construire à Lirey en remerciement de sa libération, en 1343, des geôles anglaises. Or, Charny, malgré ses charges militaires, fit un rapide voyage en Orient en 1346 : n'allait-il pas y chercher le Saint Suaire ? En 1353, la collégiale de Lirey ouvre ses portes et les pèlerins affluent pour y vénérer le linceul, comme en garde le souvenir une curieuse médaille de pèlerinage retrouvée dans la Seine à Paris et conservée au musée de Cluny. Après la défaite d'Azincourt, la Guerre de Cent Ans tourne au désastre. Pour mettre la relique en sécurité, la dernière des Charny, Marguerite, l'abrite de 1418 à 1452 dans son château de Saint-Hippolyte, en Franche-Comté. En 1453, n'ayant pas d'enfants, elle remet le Linceul au duc de Savoie.

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L'histoire moderne du Linceul

Devenu en 1453 la propriété de la puissante Maison de Savoie, le Linceul accède en Europe à une grande notoriété. Des personnages illustres et de grands saints le vénéreront. Des Papes créeront une fête et une messe du Saint Suaire.

Mais, pour commencer, il voyage beaucoup. On le voit à Verceil, à Nice, à Bourg-en-Bresse et jusque dans l'actuelle Belgique. Puis il se fixe en 1502 à Chambéry, dans la chapelle ducale de la capitale savoyarde. C'est là qu'il sera, en 1532, victime d'un grave incendie. L'argent fondu de son coffre percera tous les plis du tissu, comme le montrent les deux lignes de brûlures et les pièces qui obstruent les plus gros trous. Fort heureusement, le feu aura à peu près épargné l'image du crucifié. En 1578, les Savoie qui ont acquis le Piémont y emportent le Linceul qu'ils installent dans la cathédrale de Turin où il se trouve encore, dans une grande chapelle construite en 1694. Il en sortira plusieurs fois par siècle pour s'offrir à la vénération des fidèles au cours de grandes ostensions publiques. Le dernier roi d'Italie, Humbert de Savoie, a légué en 1983 la précieuse relique au Saint Siège.

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Les études scientifiques

La date du 28 mai 1898 marque le début des études scientifiques consacrées au Linceul. Ce jour-là, profitant d'une ostension publique, un photographe amateur, Secondo Pia, réussit à prendre les premiers clichés de la relique. Lorsqu'il développa ses négatifs, il eut la surprise de voir apparaitre en positif le visage et le corps d'un homme bien réel. Il lui apparut que l'image, assez laide et floue, du Linceul était en réalité le négatif photographique d'un très beau modèle. Or, la notion de négatif ne date que du XIXe siècle. Toute fabrication d'un faussaire médiéval se trouvait donc exclue et l'on se voyait contraint de conclure à l'authenticité du Linceul.

Des adversaires, pour des raisons idéologiques, de l'authenticité se manifestèrent très vite, mais leurs travaux n'apportèrent aucun argument sérieux à la thèse du faux. En revanche, toute une série de recherches permit de résoudre maints problèmes historiques, archéologiques et iconographiques liés au Linceul. D'autre part, les travaux du docteur Barbet, fondés sur les sciences médicales, expliquèrent de nombreuses particularités de l'image. On essaya aussi, mais sans succès, d'élucider l'énigme de la formation de cette image. Une autre étape décisive fut franchie lorsque l'on put examiner le précieux tissu lui-même. De premières constatations, très positives, faites en 1973 amenèrent des savants américains de toutes disciplines à fonder le STURP, avec, pour objet, l'application des techniques de pointe à l'étude du Linceul. En 1978, les membres du STURP purent se pencher pendant cinq jours sur la relique. L'étude de leurs prélèvements et de leurs clichés leur demanda ensuite 150 000 heures de labeur et les conduisit à conclure à leur tour à l'authenticité.

Cela ne pouvait satisfaire les ennemis idéologiques du Saint Suaire. Ils profitèrent, pour reprendre l'offensive, d'un projet de datation par le test au carbone 14. Le projet avait été adopté en 1986. Il fut discrètement mais considérablement modifié en 1987 avec la suppression de tous les moyens de contrôle. Appliqué en 1988, le test assigna au Linceul un âge médiéval qui déniait l'authenticité. Une formidable campagne médiatique proclama aussitôt que le Linceul n'était qu'un faux du Moyen Age, en se gardant de soulever le problème devenu insoluble de la formation de l'image, en se gardant aussi d'expliquer pourquoi toutes les autres recherches avaient mené à la reconnaissance de l'authenticité. La réaction ne tarda pas, menée en particulier par le CIELT. Il fut rapidement démontré que le fameux essai au carbone 14 de 1988 avait souffert de quinze irrégularités graves dont chacune suffisait à lui enlever tout crédit. Sait-on, pour prendre un seul exemple, que le poids de l'échantillon prélevé ne concorde pas avec celui des morceaux de tissu testés ? En fait, rien n'allait dans cette affaire ! Depuis, les recherches ont repris. D'autres sont programmées qui exigeront de se pencher de nouveau sur la relique quand le Saint Siège l'autorisera. Il n'est plus question de chercher à établir l'authenticité ; elle est définitivement acquise. Mais il reste à percer d'étonnants mystères.

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Le tissu et l'image

Le Linceul est une pièce d'un fin sergé de lin à chevrons mesurant environ 436 centimètres sur 108. On trouve des tissus antiques de facture voisine conservés dans les sables secs des déserts d'Egypte et de Syrie. Le filage et le tissage en ont d'ailleurs été exécutés avec des matériels propres à ces régions. Le mode de blanchissement témoigne aussi de l'ancienneté de la confection du Linceul. Enfin, des fibres d'un coton proche-oriental mêlées aux fils de lin confirment l'origine géographique du Linceul. L'absence, en revanche, de fibres de laine suggère une origine plus précisément palestinienne puisque la loi juive, et elle seule, interdisait l'emploi des mêmes métiers pour tisser les fibres végétales et les fibres animales. Au cours de ses pérégrinations, le Saint Suaire s'est couvert d'une couche de poussière d'origines et d'époques variées. Certaines remontent à l'Antiquité puisque le tissu n'a jamais été lavé. On trouve, par exemple, sous les pieds du crucifié des traces d'aragonite, un carbonate de calcium propre à certaines villes méditerranéennes comme Jérusalem.

On peut observer aussi de nombreux pollens dont certains appartiennent à des espèces végétales spécifiques des régions subdésertiques du Proche-Orient et attestent le séjour du Linceul dans cette partie du bassin méditerranéen. L'étude de l'image du crucifié imprimée sur le linge apporte d'autres éléments de datation et de localisation. L'homme, jeune (30 à 35 ans), grand (environ 1m80) et bien proportionné (78 kilos), a un type sémite.

Une longue mèche de cheveux descendant entre les omoplates est une tresse défaite qui constituait un élément de coiffure typique des coutumes juives de l'Antiquité.

De plus, l'homme a été enseveli à la mode juive, dans la position des squelettes retrouvés à Qumrân et avec une pièce de monnaie posée sur chaque oeil, selon une habitude dont on trouve des preuves archéologiques du Ier siècle en Judée.

Ces pièces ont laissé leur trace sur le tissu, à la suite d'un phénomène de rayonnement lié à la formation de l'image. Les numismates croient pouvoir les identifier comme des monnaies frappées par Ponce Pilate en Judée vers l'an 29. Ce point important demandera à être confirmé par de nouvelles recherches, de même que l'inscription qui, pense-t-on, se trouve au verso du Linceul, un verso qui n'est pas visible depuis qu'on l'a cousu en 1534 sur une toile de Hollande. Cette inscription aurait "bavé" à travers le tissu, ce qui permet à une analyse informatique de reconnaître quelques lettres du nom du Christ.

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La Passion selon le Linceul

On peut "lire" dans l'image du Linceul la Passion du Christ. Toutes les données de l'Evangile s'y retrouvent. En revanche, la représentation que l'on y voit diffère notablement de l'imagerie traditionnelle, mais elle est conforme aux connaissances médicales et archéologiques actuelles : ce serait une preuve suffisante de l'impossibilité d'un faux si l'on voulait encore en soutenir l'hypothèse. Le visage tuméfié témoigne des sévices subis chez le grand prêtre. Plus impressionnantes, des traces sanglantes couvrent tout le dos, de la tête aux pieds. Ce sont celles d'une flagellation sauvage appliquée par deux bourreaux romains, l'un à droite, l'autre à gauche. Il y eut plus de cent coups de fouet romains identifiés par la forme des plombs de leurs extrémités. Une flagellation juive se serait arrêtée à trente-neuf coups pour respecter les prescriptions de la loi. Le condamné fut coiffé d'une sorte de bonnet formé de branches épineuses entrelacées et dont les plaies de la tête permettent de reconstituer l'aspect. La couronne d'épines permettrait à elle seule de reconnaître le Christ dans ce condamné. Le portement de croix se lit dans les plaies des épaules. En fait, on ne portait pas toute la croix, trop lourde, mais la traverse horizontale qui pesait à elle seule plusieurs dizaines de kilos. Le condamné est tombé sous le poids de ce "patibulum", comme le montrent les genoux écorchés. Lors de la crucifixion, chaque poignet fut fixé par un clou à une des extrémités de la barre transversale (le "patibulum") et les pieds l'un sur l'autre par un troisième clou sur le tronc vertical (le "stipes"). On observe sur le Linceul que les clous des mains transpercèrent non pas les paumes comme on le montre traditionnellement, mais les poignets. L'erreur des représentations traditionnelles vient, d'une part, de ce que les langues sémitiques englobaient le poignet dans le mot "main" et, d'autre part, de ce que les premiers crucifix datent d'une époque où, après plus de cent ans d'interdiction du crucifiement, on ne savait plus comment il se pratiquait. Le docteur Barbet a montré que l'enfoncement du clou dans le poignet, plus précisément dans l'espace de Deltot, amenait la rétraction du pouce dans la main ; cela explique pourquoi l'image du Linceul n'a pas de pouces. La mort sur la croix était longue et affreuse. Le condamné, les bras écartés en hauteur, ne parvenait à respirer qu'en se soulevant sur le clou des pieds et en tirant sur les clous des poignets. Ne pouvant maintenir cette position atrocement douloureuse, il retombait et devait recommencer peu après. Les coulées de sang qui zigzaguent le long des bras de l'image montrent la succession de ces mouvements. Les forces du condamné diminuaient, ses mouvements respiratoires perdaient de leur ampleur et aussi de leur efficacité car le saignement et la sueur réduisaient le volume sanguin. Venait alors le moment où le condamné expirait d'épuisement et d'asphyxie. C'était le vendredi soir. Il fallait descendre les condamnés des croix avant le Sabbat et, pour cela, éventuellement les achever. Le crucifié du Linceul était mort. Pour le vérifier, on perça d'un coup de lance son côté droit et il en sortit, visible sur le tissu, un flot de sang et d'eau, comme dit saint Jean. En fait : un flot de sang et de sérosités venues d'oedème de la plèvre et du péricarde causé par l'extrême souffrance. A cause de l'approche du Sabbat, le corps fut rapidement descendu de la croix et étendu dans son Linceul sans être embaumé ni même lavé. Le tissu montre aussi qu'il n'y séjourna que peu de temps, car on ne voit aucune trace de décomposition.

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Le mystère de l'image

Que le corps du Christ, que l'on avait pas eu le temps de laver, ait laissé sur le Linceul de nombreuses taches de sang ne saurait surprendre. D'ailleurs ce sang ne pose pas de problèmes essentiels : il s'agit bien de sang humain dont on retrouve tous les composants, avec une proportion de bilirubine fortement augmentée par d'intenses douleurs. Mais il ne suffit pas de mettre un corps dans un tissu pour qu'il y laisse sa photographie. Le véritable mystère du Linceul, c'est la formation de son image. Pierre d'Arcis au XIVe siècle, Calvin au XVIe siècle, bien d'autres depuis ont naturellement pensé qu'il pouvait s'agir d'une peinture. Les dernières recherches ont définitivement éliminé cette hypothèse : outre que le dessin en négatif et sans contours est irréalisable, il n'y a trace d'aucun pigment colorant ou peinture. On a songé aussi au contact naturel ou accidentel de produits liquides ou gazeux : les nombreux essais ont tous échoué, car aucun n'a pu rendre le modèle du dessin. On connaît maintenant la nature de l'image. Il s'agit d'une roussissure. Une brûlure très légère et très superficielle qui n'affecte que le sommet des fibrilles des fils de lin. Et, chose étrange, la roussissure est aussi superficielle dans les endroits foncés que dans les endroits clairs : la différence de ton vient de ce qu'il y a plus de fibrilles roussies au centimètre carré aux endroits foncés. C'est une sorte de tramage. Autre particularité étrange : le dessin est tridimensionnel. Un appareil de la NASA 8 qui transforme les intensités lumineuses en distances, a donné une image en relief de la photographie de l'homme du Linceul. Aucun autre portrait photographique, obtenu normalement par la réflexion de la lumière sur le sujet, ne donne un semblable cliché en relief sans déformation. Il faut donc que, dans le cas du Linceul, la lumière qui a produit la roussissure soit venue du sujet lui-même. D'autres constatations, portant en particulier sur le fait que les masses musculaires du côté dorsal ne sont pas écrasées par le poids du corps ou sur le fait que le dessin du côté facial ne porte aucune déformation due au poids du tissu épousant les reliefs du corps, donnent à penser que la loi de la pesanteur s'est trouvée suspendue. On remarque aussi, alors que le sang des multiples plaies a adhéré au tissu, qu'il n'y a sur toute la surface du corps, et contre toute vraisemblance, aucun arrachement ni au niveau des fibres textiles ni à celui des caillots.

Conclusion : on n'a pas retiré le corps du Linceul ! Alors ? Alors, si l'on rapproche tous ces faits entre eux on ne peut émettre, pour l'instant, qu'une seule hypothèse : le corps mort a, à un moment donné, émis un rayonnement très bref et puissant et est passé à travers le Linceul. Nous nous trouvons devant des faits objectivement constatables mais dont aucune loi connue de la nature ne peut rendre compte. Ne sommes-nous pas contraints d'envisager l'hypothèse du miracle de la Résurrection ?

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Les faux Linceuls

On rencontre, au cours de l'Histoire, un certain nombre de faux Suaires. En bien des cas, ils ont dû naître de la pieuse coutume de montrer ou de promener en procession, le Vendredi Saint, un linge qui jouait le rôle du Linceul. La ferveur populaire aura tôt fait de lui attribuer une authenticité à laquelle il ne prétendait pas. Le plus connu de ces faux Linceuls fut celui de Besançon, détruit en 1794, le seul d'ailleurs qui portait une image du crucifié. Il est probable que cette image, assez laide, avait été grossièrement imitée de celle du vrai Linceul, qui séjourna dans la région au XVe siècle. Il survit actuellement un faux Saint Suaire à Cadouin en Périgord. Il s'agit d'une étoffe orientale du Moyen Age, sans doute rapportée d'une croisade.

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Le Portrait du Christ

Ni les Evangiles, ni aucun texte ancien ne donnent la moindre indication sur l'apparence physique du Christ. On ne peut donc s'étonner de voir, dans les plus anciennes peintures de Rome, le Bon Pasteur représenté comme un jeune homme imberbe aux cheveux courts et bouclés. Mais, assez vite, dès le IVe siècle au plus tard, commence à s'imposer en Occident le portrait classique du Christ portant barbe et cheveux longs. Emile Mâme voyait là l'effet d'une influence orientale, voire palestinienne. On doit y voir plus précisément l'influence de l'image du Linceul, alors conservé en Orient, et qui nous transmet le seul portrait authentique, exact et l'on peut même dire photographique, du Christ. On peut affirmer que, depuis l'Antiquité, toute l'iconographie du Christ s'inspire de la face imprimée sur le tissu. Vignon, puis Wilson, ont relevé sur la face du Linceul une liste de quinze particularités dont on retrouve toujours au moins quelques-unes aussi bien dans les monnaies de Constantinople que dans les icônes et mosaïques byzantines ou les peintures de Cappadoce. Par exemple : les cheveux longs, le nez fin et allongé ou la barbe à deux pointes. Certains points de ressemblance, parfois étranges, ont été scrupuleusement reproduits par les artistes qui n'en comprenaient pas la signification. Par exemple : les yeux globuleux, dont l'aspect vient en réalité des monnaies posées sur les paupières ; ou un triangle à la base du nez venant du fait que l'image est un négatif (ce que l'on n'a compris qu'en 1898) ; ou encore la coulée de sang du front que l'on a prise pour une petite mèche de cheveux à deux pointes (on n'a découvert qu'au Xe siècle que le portrait d'Edesse était celui du Christ souffrant et ensanglanté).

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Qu'est-ce que le CIELT ?

La fondation du Centre international d'études sur le Linceul de Turin est une conséquence inattendue du fameux test au carbone 14 de 1988 selon lequel le Saint Suaire aurait été confectionné au Moyen Age. Cette datation contredisait les résultats les plus sûrs des recherches scientifiques antérieures. Elle parut donc invraisemblable à un groupe de chercheurs qui, sous la direction d'André Van Cauwenberghe, réunit à Paris en septembre 1989 tous les spécialistes du monde, y compris les auteurs de la datation au C 14. Ce premier symposium international mit en évidence de graves anomalies qui enlevaient tout crédit au test de 1988. Et le CIELT était né. Le CIELT a réuni à Rome, en juin 1993, un second symposium international qui, d'une part, a mis un point final à l'affaire du C 14 (dont les acteurs, dûment invités, se sont prudemment abstenus de venir) et, d'autre part, a fait connaître les dernières recherches sur le Linceul. Un troisième symposium international se réunira en 1998. En attendant, le conseil scientifique du CLELT continue ses travaux et passe au crible de la science les nouvelles hypothèses. Et le CIELT publie, l'intention de toutes les personnes intéressées, une Lettre mensuelle qui fait en permanence le point sur tout ce qui concerne le Linceul (CIELT, 50 avenue des Ternes, 75017 Paris).

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La datation au carbone 14

On a tant parlé de la datation par le carbone 14 qu'il semble utile de donner quelques explications sur le principe de cette méthode née dans les années 60 et sans cesse affinée depuis. Le C 14 est un carbone radioactif qui, comme tout corps radioactif, renferme dans le noyau de ses atomes des neutrons surnuméraires. Ces neutrons tendent à s'échapper en produisant un rayonnement et les atomes deviennent stables. Or, la vitesse avec laquelle ce phénomène se produit est statistiquement constante : on sait que la moitié du C 14 cesse d'être radioactive et devient de l'azote en 5 730 ans. La méthode de datation repose sur cette vitesse de dégradation. Le C 14 se forme par la collision en haute atmosphère entre les rayons cosmiques et des atomes d'azote. Ce C 14, comme ses isotopes non radioactifs, se combine avec l'oxygène pour donner le CO2 que respirent les végétaux. Par l'alimentation, le C 14 passe ensuite dans tous les corps vivants, en même proportion que dans l'atmosphère. Lorsque les tissus meurent, le carbone normal subsiste alors que le C 14 continue a se dégrader sans être remplacé. Pour calculer l'ancienneté d'un tissu mort, il suffit donc de mesurer la proportion de C 14 restant par rapport au carbone stable. La méthode est sûre mais très délicate : il n'y a dans l'atmosphère qu'un atome de C 14 pour mille milliards d'atomes de carbone stable ! Une fois soigneusement éliminées les causes d'erreur, on peut obtenir une datation approximative sérieuse. Mais l'échantillon testé se trouve détruit.

Daniel Raffard de Brienne


Le site Le Libre journal a publié, le 19 avril, cet important article de Daniel Raffard de Brienne, paru dans le journal Le Libre journal de la France courtoise n°65.