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Halloween, le retour au paganisme

LF Halloween.JPGIntroduction

C’est la Toussaint. On sonne à ma porte. Je l’ouvre et trouve dans son embrasure une fillette d’une douzaine d’années qui me réclame des bonbons.

« Je n’en ai pas », lui dis-je en fidèle serviteur de la vérité, mais en tentant de compenser la mauvaise nouvelle par un aimable sourire.

Alors, voilà ma quêteuse de sucreries qui se met à sautiller frénétiquement en tendant vers moi deux index vengeurs et en proférant, d’une voix sépulcrale, d’obscures incantations. La friponne est, ma parole, en train de me jeter un sort.

« Petite sotte, sais-tu ce que tu fais ? », lui demandé-je courtoisement, « on ne joue pas avec la sorcellerie ».

Son sort manque d’efficacité. Mes paroles aussi. L’apprentie sorcière détale.

L’incident est mince mais significatif. Jadis, et même naguère, les enfants venaient quêter des friandises à la fin de décembre en chantant des noëls. Maintenant ils ont recours à la magie noire.

Est-ce bien grave ? Faut-il voir dans Halloween, puisque c’est de cela qu’il s’agit, autre chose qu’un amusement puéril, un sympathique folklore de pacotille ?

Peut-être pas.

Le paganisme

Privé de la lumière divine et rendu spirituellement infirme par son propre péché originel, l’homme s’est dispersé sur tous les continents et s’y est heurté à des problèmes dont il ne pouvait comprendre la solution.

Qu’il fut devenu noir, blanc ou jaune, son destin a été très divers selon les contraintes physiques et géographiques qu’il a rencontrées. Son histoire aussi, tributaire de son imperfection et de ses tendances, a modelé son destin et orienté sa civilisation de manière très différente selon les peuples qu’il a fondés.

Mœurs primitives ou brillante civilisation, toute organisation humaine se trouve confrontée aux mêmes questions fondamentales et, faute de Révélation, angoissantes : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Et ce monde qui nous entoure, d’où est-l sorti ?

A ces questions, une multitude de religions s’est efforcée de répondre.

Les spécialistes autoproclamés de l’ethnologie religieuse croient pouvoir trouver l’origine des religions dans les étapes d’une prétendue hominisation progressive.

Selon eux, à mesure que l’hominidé (venu du singe par l’intermédiaire de l’hominien) devenait de plus en plus homme (Homo) ; sa réflexion religieuse s’affinait. Il aurait commencé par attribuer un esprit, par définition surnaturel, à tout phénomène inexpliqué, comme l’orage, à tout repère géographique, comme la montagne, à tout être vivant, comme l’arbre : c’est l’animisme. Puis, sa pensée se développant et, supposons-le, sa taille se redressant vers le ciel, l’homme en serait venu au polythéisme qui conçoit, au-dessus des esprits qui n’ont pas nécessairement été éliminés, une petite société de dieux ou êtres spirituels supérieurs.

Devenu sapiens, l’homme aurait conçu la notion, plus dépouillée, d’un Dieu unique, éternel et infini. Pour nos spécialistes autoproclamé, l’homme, devenu sans doute sapientissimus, en arrivera bientôt à un lumineux athéisme ou, plus exactement à un panthéisme qui attribue tout ce qui existe à une matière immortelle et créatrice.

En fait, ce clair schéma est faux. On s’aperçoit qu’en réalité toutes les religions, mêmes les plus primitives, ont u fond de monothéisme. Jusqu’au plus profond des forêts équatoriales, les hommes que l’on dit sauvages croient en Dieu créateur. En général, ils ne se réfèrent pas à ce Dieu qui leur semble trop lointain, trop élevé, pour être clairement conçu et prié. Ces hommes préfèrent s’adresser à des êtres intermédiaires plus abordables, plus compréhensibles. On retrouve un peu de cette attitude jusque dans certains cultes un peu bizarres rendus de nos jours à des saints vrais ou présumés.

Le polythéisme, quant à lui, est une déformation du monothéisme fondamental. Dans de nombreux cas, les différentes tribus ou cités qui vivaient indépendantes avaient, chacune, sous un nom particulier, son dieu unique. Lorsque les empires, les Etats, les fédérations se sont constitués, on a simplement additionné des différentes appellations pour en faire autant de dieux. C’est ce que l’on constate en Egypte, en Grèce, en Italie…

Dans les divers pays, la nécessité de différencier tous ces dieux a favorisé la création de mythologies. Des mythologies très variées en fonction des peuples chez qui elles sont nées. Il en est de sauvages et de sanguinaires. Il en est aussi, comme chez les Grecs, de poétiques, voire de souriantes.

On a vu aussi des polythéismes tenter de se fondre entre eux en fonction des conquêtes ou unions politiques ou culturelles. Ainsi le Jupiter (Dieu le Père) des Romains s’est-il assimilé au Zeus (Dieu) grec, sa femme Junon à Héra, etc.

 Mais quelle que fût la religion : animiste, polythéiste ou monothéiste, elle ne répondait pas suffisamment à l’angoisse fondamentale de l’homme : celle qu’il ressent devant la mort.

La mort pose une terrible énigme. L’homme voit ceux qu’il aime, et aussi ceux qu’il hait, de vivants qu’ils étaient, devenir d’effrayants objets inanimés qui ne tardent pas à se décomposer. Et l’homme sait qu’il est mortel et qu’il deviendra aussi un cadavre.

De voir un être animé se transformer d’un seul coup en objet inanimé, les hommes de tous les temps ont conclu qu’un élément essentiel, invisible, sans doute immortel, a abandonné le corps au moment de la mort. Pour certains, cet élément, l’âme ou l’esprit, va se réincarner dans autre chose : un autre corps, un animal ou un végétal. Pour d’autres, la survie de l’âme est liée à celle du corps : d’où la momification chez certains, l’enfermement dans le tombeau avec le corps d’objets utiles ou de serviteurs égorgés chez d’autres, le renouvellement annuel et macabre de l’ensevelissement chez quelques-uns.

Dans beaucoup de cultures anciennes, les âmes des trépassés errent sur la Terre, toujours effrayantes, parfois démoniaques. Il faut ajouter à cela la puissance maléfique qu’elles peuvent exercer par l’intermédiaire de la magie ou par le truchement des sorciers.

Toutes ces croyances et superstitions païennes qui remontent à la nuit des temps ont survécu, plus ou moins clairement, aux explications apportées par toutes les religions, sans en excepter le catholicisme.

C’est dans ce trouble magma que va fleurir Halloween.

Du paganisme au christianisme…

Si l’on met à part les îlots de fidèles du judaïsme, le paganisme règne dans tout l’Empire Romain lorsque commence à se répandre le christianisme.

Ce paganisme est en général polythéiste, bien que de grands philosophes, tels que Platon ou Aristote, croyaient à un Dieu unique. Il est bien possible que les Grecs du Ier siècle, toujours très fins, se posent le problème de l’existence d’un seul Dieu puisque saint Paul remarque à Athènes un autel dédié « au dieu inconnu ». Il est tout aussi possible que les Grecs, toujours un brin sceptiques voire ironiques, veulent honorer par là un éventuel dieu supplémentaire ignoré de tous les Panthéons.

La religion officielle de l’Empire Romain reste le vieux polythéisme latin fortement hellénisé. Les empereurs y ont ajouté le culte de leurs propres personnes. On ose espérer pour leur mémoire qu’ils ne croyaient pas vraiment être déifiés par le meurtre ou l’usurpation qui leur a ouvert l’accès au pouvoir. Leur culte avait l’avantage de fortifier leur pouvoir et de maintenir la cohésion du très vaste empire bâti de bric et de broc tout autour de la Méditerranée.

De nombreux chrétiens subiront le martyre pour avoir refusé d’offrir un sacrifice aux empereurs divinisés.

Les autres polythéismes survivent plus ou moins, en opérant parfois des échanges avec les cultes romains. Ainsi peut-on s’interroger sur l’identification de la multimamelue Diane d’Ephèse avec la Diane chasseresse latine copiée sur l’Artémise grecque. De même verra-t-on le culte de l’Egyptienne Isis se répandre dans tout l’Occident. La grande déesse phrygienne Cybèle, partie d’Asie Mineure et passée par la Grèce, gagne Rome.

On voit même des dieux extérieurs à l’Empire s’y introduire. C’est le cas de Mithra, issu du mazdéisme de la Perse. Ses adaptes pratiqueront jusqu’à Rome leurs rites mystérieux, comme le taurobole au cours duquel on égorge un taureau dont le sang asperge les fidèles.

Les adeptes de Cybèle et de Mithra opposeront au christianisme une plus forte résistance que les fidèles plutôt modérés des cultes officiels qu’auront, il est vrai, abandonnés les empereurs devenus chrétiens. Leurs penseurs adapteront même à leurs doctrines, pour mieux lutter, des éléments pris aux chrétiens.

Et, en dehors de tout cela et beaucoup plus résistant encore, survit le vieux paganisme anonyme, surtout rural (païen veut dire paysan), à base de magie, de sorcellerie, d’âmes errantes et de fantômes.

A ces superstitions quasi-immortelles, le christianisme opposera, bien sûr, sa prédication, mais aussi de petits moyens comme l’appropriation à son profit de menus cultes locaux. Il sera plus facile de christianiser un lieu sacré païen que de l’interdire. Ainsi verra-t-on des saints remplacer çà et là des fées et des spectres.

Dans le même esprit, l’Eglise tiendra compte des dates des fêtes païennes pour fixer celles des fêtes chrétiennes.

Pour Pâques, le problème est un peu différent, l’Eglise désirant que la fête de la Résurrection reste liée à la Pesha juive. Mais, comme la date de la fête juive varie en fonction du calendrier lunaire, l’Eglise devra chercher un moyen de calculer la date de Pâques dans le cadre du calendrier scolaire qu’elle a emprunté aux Romains. Il s’ensuivra de longs débats, parfois animés.

Quant à Noël, le problème est différent. On ne connaît pas la date de la naissance du Christ : ni le jour, ni le mois, ni même l’année à quatre ou six ans près. La date de la fête de la Nativité variera d’abord entre la fin de décembre et le début de janvier avant d’être fixée au jour que nous connaissons. Elle coïncide à peu près avec le solstice d’hiver qui est marqué par plusieurs fêtes païennes, et notamment les Mithriates, une fête du soleil (sol invictus) très suivie et que l’Eglise veut concurrencer de crainte que les convertis n’en gardent l’habitude.

On peut voir encore plus nettement cette volonté de récupération (en fait : d’aide à la conversion pour le bien des âmes) dans la création de la fête de la Toussaint à la date de la fête des morts.

Et on retrouve ici la trace d’Halloween. …

et retour

Le christianisme fermement, et depuis longtemps établi en Europe, on pouvait croire le paganisme définitivement disparu. Bien sûr, son souvenir subsiste dans d’aimables légendes ou des contes pour enfants : la fée Mélusine, Merlin l’enchanteur, Aladin… Tout cela ne prétend pas à la crédibilité et relève surtout du folklore.

Plus grave, le paganisme, officiellement éteint, survit dans de nombreuses superstitions et dans de vieilles peurs venues du fond des âges : les revenants, les maisons hantées, les maléfices, les sorciers vrais ou faux que l’on rencontre encore dans certaines campagnes. On note même de nos jours en ville un nombre de plus en plus important de mages, de voyantes et autres charlatans pêchant en eau trouble. Ces intéressants personnages distribuent des tracts à foison. Plus de trente « voyantes » s’offrent une publicité régulière dans un hebdomadaire de programmes télévisés. On compte par dizaines des sites de divination et d’astrologie sur Minitel et sur Internet. Tout cela montre la rentabilité, et donc le succès, de cette industrie païenne.

Cette multiplication est le signe et la conséquence de l’affaiblissement du catholicisme. Satan, l’ennemi de Dieu, toujours à l’affût, sait exploiter tout affaiblissement de zèle religieux pour combattre le christianisme. Sans vouloir remonter trop haut, on peut se rappeler comment l’impiété du « Siècle des Lumières » a mené, avec la Révolution, une accumulation de crimes par milliers : pendaisons, fusillades, noyades, guillotinades, massacres, tortures, étripages et, plusieurs fois cannnibalisme. L’Eglise et ses fidèles étaient principalement visés. On a même tenté de remplacer Dieu par une déesse Raison si mal nommée.

La fin de cet épisode sanglant n’a pas amené celle de la lutte du Mal contre Dieu et son Eglise. On a officiellement mis en place une laïcité qui n’est rien d’autre qu’une tentative d’instaurer l’athéisme. En fait, l’athéisme n’est pas concevable : son nom recouvre un panthéisme fondé sur la matière supposée douée, contre toute constatation scientifique, de l’éternité et du pouvoir de créer et d’organiser le monde.

La mollesse de l’Eglise et son désir insensé de « s’ouvrir au monde » ont laissé le champ libre à tout ce qui peut repaganiser la société et détruire la religion. Depuis trop longtemps déjà, on a laïcisé de fait les grandes fêtes catholiques. On parle peu de la Résurrection à Pâques : en revanche les généreuses cloches y apportent un lot, abondant et commercialement lucratif, d’œufs, lapins, poules en chocolat…

A Noël, on conserve souvent la crèche comme élément de folklore. C’est le seul souvenir de la Nativité. Pour le reste, on a introduit le grotesque et très laïc Père Noël qui distribue des jouets. Le Père Noël et le sapin sont les rois de la fête. A la place des « noëls », on chante plutôt : « Mon beau sapin » ou « Petit Papa Noël ». La collation qui suivait naguère la Messe de Minuit a laissé la place à d’abondants réveillons, bien « arrosés », où règnent mirlitons et chapeaux pointus. On fête aussi l’octave de Noël avec des cadeaux et des réveillons en l’honneur d’un simple changement de numéro sur un calendrier. Un bonhomme Janvier est parfois évoqué.

Quant à la Toussaint, plus récente, et encore plus grave, est son expropriation au profit d’Halloween. Nous allons y revenir.

On note en contrepoints la prolifération de substituts de religion, une prolifération largement favorisée par le collapsus de l’Eglise que désertent ses fidèles partis à la recherche d’un surnaturel de remplacement.

Les sectes prospèrent. Certaines dérivent du christianisme, mais s’en éloignent. Beaucoup de sectes sont carrément extravagantes (et lucratives pour leurs gourous). Certaines se veulent intellectuelles. C’est le cas, par exemple, des adorateurs de Gaïa (la Terre), une forme écolo-mondialiste de panthéisme. Ou celui des néo-païens, en fait des paléo-antichrétiens, qui se donnent le ridicule de rendre un culte à de vieilles divinités celtiques ou germaniques auxquelles personne ne croit plus depuis des siècles. Même pas eux.

Et il y à aussi la montée préoccupante des sectes satanistes. Ici Satan jette le masque et ses fidèles pratiquent l’antireligion de l’antiDieu.

On ne peut qualifier l’actuel retour au paganisme que de satanique, quand on constate qu’il s’accompagne de l’inversion, tolérée ou officialisée par les pouvoirs politiques, de toutes les valeurs morales. Destruction systématique de la famille, PACS, promotion omniprésente de l’homophilie, de le drogue, de la pornographie. Législation du crime : l’avortement, bientôt l’euthanasie.

Les enfants ne sont pas oubliés dans cette diabolique propagande. Outre qu’ils sont les premières victimes de la décomposition de la famille, la propagande en faveur des perversions les atteint et les trouve à peu près sans défense. L’instruction religieuse ne leur est que très peu dispensée et, faut de connaître Dieu et les saints, ils vont étancher leur soif de surnaturel auprès de ridicules « héros » dotés de « pouvoirs » : Spiderman, Superman et bien d’autres. Le ciel, vidé de toute présence spirituelle, se peuple s’impossibles « extra-terrestres ». Un nouveau pas a été franchi avec l’introduction, dans l’univers enfantin, de la magie et des sortilèges, avec Harry Potter par exemple.

Les enfants sont ainsi préparés à fêter Halloween.

Les origines d’Halloween

Si l’origine d’Halloween remonte très loin, jusqu’à un vieux fond païen européen, le nom de cette fête serait beaucoup plus récent et ne daterait que de l’Amérique presque contemporaine. Halloween devrait se comprendre « All (saints) even » et signifierait « la veille de tous les saints ». On voit déjà l’intrication qui mêle cette fête païenne à la Toussaint chrétienne.

Beaucoup de peuples, sinon tous les peuples, de l’Europe ancienne fêtaient la succession de saisons, celles des jours sombres et des jours clairs, et y mêlaient des fêtes des morts et des vivants. On retrouve ici la peur fondamentale de la mort qui survivra à tous les paganismes.

Il y avait chez les Celtes une fête du renouveau de la nature, Belthain, où l’on allumait de grands feux. Cette fête se situait aux environs de notre 1er mai, en fonction du calendrier lunaire. Elle sera à l’origine des feux de la Saint-Jean et, plus récemment, de la fête du muguet. On notera que, fête lunaire et donc fête de la pleine lune, Belthain, comme les autres fêtes saisonnières, ne coïncidait pas exactement avec un solstice. C’est sans doute par ignorance que les modernes druides néo-païens célèbrent les solstices.

Plus importante, car plus inquiétante, était chez les Européens la fête qui inaugurait le semestre du froid et des nuits longues. Chez les Scandinaves, on célébrait vers le 1er novembre la fête de la troisième moisson et celle des morts. La déesse Hel, déesse de la mort, s’y trouvait particulièrement à l’honneur. Coïncidence ou non, son nom rappelle celui de l’Enfer en anglais (Hell).

Les Celtes avaient aussi leur fête de la lumière et de la nuit, de la vie et de la mort. C’est elle qui donnera naissance au moderne Halloween. Elle constituait le premier jour de l’année celtique et marquait le début du règne des ténèbres et de la mort. Située aux environs de notre premier novembre, elle commençait le soir parce que la pleine lune apparaît alors. On sait qu’il en allait de même pour le Sabbat juif également dépendant du calendrier lunaire : c’est la raison pour laquelle il fallut descendre de la croix le corps du Christ dès le vendredi en fin d’après-midi, avant le début du Sabbat.

Cette fête celtique, appelée Samhain, était célébrée chez les Ecossais, avec quelques particularités, et en Irlande où elle subsistera plus fortement.

Pour les Celtes, il n’y avait pas de jugement après la mort et les esprits des défunts, bons et mauvais confondus, erraient pendant la nuit.

Avant que la Terre sombrât pendant six mois dans l’angoisse suscitée par les ténèbres et les esprits errants, on donnait à Samhain une très grande importance. On y allumer des feux pour remplacer la clarté du jour et inciter le soleil à revenir.

Samhain était une fête totale et obligatoire où l’ivresse était de rigueur et où l’on pratiquait des sacrifices humains. Elle marquait le moment du renouvellement du pouvoir des rois, celui de la signature des contrats et de la résolution des conflits juridiques.

La fête persistera, surtout en Irlande, après l’avènement du christianisme, mais l’adoption du calendrier solaire amènera à la fixer au 1er novembre. L’Eglise, faute de pouvoir l’extirper, fut contrainte de la tolérer en essayant de la débarrasser de ses aspects cruels et morbides.

Devant la survie obstinée de cette fête de la peur et de la mort, l’Eglise entreprend de la remplacer par une fête joyeuse dédiée, non aux esprits errants, mais aux seules âmes sanctifiées et accueillies au Paradis.

C’est l’origine de la Toussaint. En 731,le pape Grégoire III érige dans la basilique constantinienne Saint-Pierre à Rome une chapelle dédiée « à tous les saints ». Il accompagne cette fondation de l’institution d’une messe et d’un office fixés au 1er novembre, donc à la date de Samhain qu’il s’agit de remplacer.

En 837, la fête de la Toussaint est étendue à tout l’empire carolingien.

Le problème ne se trouve pas résolu pour autant. D’une part Samhain survivra jusqu’à donner naissance à Halloween. D’autre part, les fidèles toujours influencés par les vieilles peurs et les vieilles croyances païennes, transformeront la fête joyeuse de tous les saints en une fête beaucoup plus sombre de tous les morts.

Nouvelle tentative de l’Eglise. Sous l’influence des moines de Cluny, on instaure vers 1050 une fête des morts le 2 novembre, lendemain de la Toussaint.

Il semble que cette tentative n’ait pas eu tout le succès escompté. Il suffit de parcourir les cimetières le jour de la Toussaint pour y voir, plutôt que le 2 novembre, des foules venir y fleurir les tombes.

Halloween

C’est au XIXème siècle que les rites de ce que l’on appellera Halloween apparaissent aux Etats-Unis. Ils accompagnent les nombreux Irlandais qui fuient vers l’Amérique leur pays ravagés par une grande famine. Le nombre des Ecossais immigrés aux Etats-Unis devaient, de leur côté, être assez important puisque la fête adoptera des usages particuliers propres à leur pays.

Halloween se répandra dans les milieux anglophones des Etats-Unis où on le tolèrera en le considérant comme une simple réjouissance pittoresque.

L’influence écossaise explique en partie cette bienveillance, car la fête païenne des morts s’accompagnait en Ecosse de rites plus comiques que tragiques. C’est de cette région de Grande-Bretagne qu’est venue l’idée de défilés grotesques.

La fameuse citrouille elle-même vient d’un usage écossais. Il s’agit en général d’un potiron (qui est une espèce américaine) vidé et percé de trous correspondant aux yeux, au nez et à la bouche d’une tête de mort, et qu’une bougie allumée placée à l’intérieur du légume met en valeur. En Ecosse l’intéressant cucurbitacée-tête de mort était nommée « Jack O’Lantern ».

La quête de porte en porte de friandises par des jeunes gens, maintenant remplacés par des enfants, est aussi un usage écossais. A l’origine, les quêteurs déguisés en morts venaient ainsi recueillir les nourritures don ont besoin les âmes errantes. En Irlande, on préférait laisser de la nourriture sur la table à la disposition des sinistres esprits visiteurs.

De manière générale, la fête irlandaise, qui n’avait rien de joyeux, constitue l’apport fondamental recueilli par Halloween. On peut ainsi discerner dans Halloween des éléments d’origine irlandaise qui dépassent nettement un folklore de mauvais goût. On y reconnaît un rite d’initiation et un exorcisme de la mort.

Il faut se rappeler que pour le vieux paganisme celte, il n’y avait ni Enfer, ni Paradis. Les âmes des morts, selon lui, erraient lamentablement en effrayant les vivants.

Dans cet esprit, Halloween a multiplié les déguisements et les symboles les plus lugubres en faisant appel à toutes les superstitions. On y voit des costumes et d’horribles masques de sorcières, de fantômes, de cadavres, de chats noirs…

Pour animer la fête, on a ajouté des jeux assez anodins. Mais dans les « quartiers défavorisés », les jeux consistent souvent en agressions, viols…, exécutés à l’abri de masques terrifiants.

Si ces crimes peuvent être davantage attribués aux tristes mœurs des « quartiers défavorisés » qu’au douteux folklore d’Halloween, il n’en reste pas moins que cette fête, qui commence à envahir une Europe « américanomane », est mauvaise par ses racines et perverses par ses effets.

En premier lieu, la moquerie de la mort, caricaturée par Halloween, est profondément malsaine. En ridiculisant une mort que l’on redoute, on tente d’éluder un problème essentiel, tout en manquant de respect envers les morts à qui nous devons la vie.

En second lieu, Halloween introduit auprès des enfants, sous prétexte d’amusements, de vieilles croyances et superstitions païennes : les sorcières et leurs maléfices, les fantômes, tout un pseudo-surnaturel qui ne peut manquer d’impressionner les jeunes âmes. De plus, ou les enfants adoptent ce faux surnaturel, ou ils en viennent à rejeter tous les surnaturels, vrais ou faux confondus.

En troisième lieu, ce faisant, Halloween évacue le surnaturel chrétien et remplace en fait la fête de la Toussaint par ces grossières évocations de la mort. De plus, ces évocations, où bons et mauvais esprits errants partagent le même sort, portent atteinte aux notions de bien et de mal.

En quatrième lieu, on trouve là-dessous une volonté délibérée de déchristianiser le monde. On n’entend guère les « grandes consciences » (souvent maçonniques) s’élever contre les aspects malsains d’Halloween. Elles préfèrent réserver leur réprobation aux « excès » du christianisme.

En cinquième lieu, une fois de plus, l’esprit mercantile se joint à cette volonté de déchristianisation. Dans Dieu recule dans les âmes, l’argent le remplace.

Noël est devenu la belle affaire des marchands de jouets et des distributeurs de victuailles. Pâques fait la fortune des confiseurs et des chocolatiers.

Maintenant, l’ex-Toussaint devenue Halloween va contribuer à la richesse des fabricants de masques et des vendeurs de farces et attrapes. A l’approche de la fête, les magasins regorgent de ce genre de marchandises. Halloween enrichit même les cultivateurs de citrouilles ! Et aussi les éditeurs puisqu’il y à actuellement, sur le marché français, plus de vingt livres destinés à apprendre aux enfants comment fêter Halloween.

Oui, Halloween, c’est le retour du paganisme.

Une seule conclusion : il faut combattre l’invasion américano-païenne d’Halloween

Daniel Raffard de Brienne

Lecture et Tradition n°320, octobre 2003

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